Vol au-dessus d’un champ de bambous

En 1983, Indo est porté par le succès de L’Aventurier, autant par le titre que par l’album. Le groupe enchaîne plusieurs dates sous un nom de tournée évocateur : Les Sept Jours de Pékin ! La formule adoptée par le jeune groupe est une réussite, dans une époque propice aux synthétiseurs et aux guitares sautillantes auxquels Indo pose sa touche exotique. C’est un véritable écrin pour Le Péril Jaune, enregistré dans cet élan, poussant le concept initié par L’Aventurier jusqu’à son terme. Le mot d’ordre sera évasion, nourri des fantasmes inspirés par l’extrême-orient en rassemblant des images, des histoires, des personnages qui forment un tout.

Il faut pourtant l’admettre : cet album a mal vieilli ! La faute à une production hasardeuse, elle-même causée par les contraintes de l’époque. Les exigences de la maison de disques et l’enchaînement des concerts laissent peu de temps au groupe de vraiment s’appliquer. Ainsi le disque s’enregistre à toute vitesse au Jacob’s Studio en Angleterre. De ce déficit de temps apparaissent cependant une fraîcheur et une spontanéité qui légitiment Le Péril Jaune, et les chansons s’enchaînent sans fausse note. Seulement, elles sont encore le fruit d’une humeur juvénile, d’un élan inconscient. On y ressent l’énergie de quatre garçons créatifs, encore jeunes mais au travail réellement acharné. Quant à la qualité de son, bien souffrante de son accouchement précipité, il faudra attendre 2015 pour qu’un expert de la remastérisation (Chab) s’attèle à rendre au Péril Jaune son éclat initialement désiré dont je fais le détail dans le paragraphe dédié aux supports. En attendant revenons au contenu…

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Comme une initiation au voyage, Le Péril Jaune s’ouvre et se ferme avec un instrumental (le premier du groupe), simple mais bien dans l’esprit du fantasme naissant. L’appel de l’exotisme. Puis un mouvement s’esquisse, La Sécheresse du Mékong, avec le sentiment d’un Bob Morane bravant les dangers de l’Asie profonde. Son pendant féminin n’a pas de nom mais on aurait tendance à l’appeler Kao Bang ! La mélodie est imparable, définitivement frais et dansant, doté d’un refrain qui fait mouche en concert. Mais le tube incontournable de l’album, c’est Miss Paramount, un Aventurier en plus rapide sur le cinéma d’horreur vintage, la touche extrême-orientale en plus bien sûr. Certains de ces morceaux étaient déjà écrits avant même la sortie de L’Aventurier, comme le sautillant Razzia ou l’instrumental Tonkin, présenté comme un interlude au milieu du disque. Deux autres chansons sont remarquables, c’est l’épique A l’Est de Java bien que dressant un tableau terrible sur la guerre d’Indochine (« Les femmes et les enfants laisseront le sable rouge ») et Okinawa, à la tonalité un peu déconcertante quoique dans la direction fantasmagorique de l’album.

Des chansons déjà écrites à celles qui l’ont complété, les textes du Péril Jaune ont la vocation de faire voyager, certes, mais la patte musicale de Dominik Nicolas joue beaucoup sur son identité, confirmant par là le tandem créatif à deux têtes. Une image se dessine alors, sans jamais cheminer vers un but précis. Elle incite plutôt à imaginer, à visualiser un univers et des scènes s’y déroulant, poussant l’esprit à peindre un tableau imaginaire au cours de ce voyage onirique. Et d’y mettre au milieu, par exemple, une jeune fille asiatique lavant des draps.

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Les singles du Péril Jaune

Décembre 1983. Ce second album se vend aussi bien que le premier. La K7 et le vinyle se distribuent à très grande échelle, et les collectionneurs se casseront plutôt les dents à trouver les minces différences entre les versions ! Une se distingue tout de même des autres, vendue avec un tatouage éphémère (type décalcomanie) limitée à 100’000 exemplaires. Dans le cadre des rééditions sous Indochine Records, Le Péril Jaune sortira une nouvelle fois en LP en 2015 dans une édition remastérisée ; il faudra néanmoins attendre son équivalent en CD (sorti le 25 août 2017) sous format digisleeve pour apprécier l’excellent travail de remastérisation effectué sur cet album ! Loin d’une bête hausse de volume, on redécouvre les chansons qui gagnent toutes en ampleur, deviennent plus « chaudes » tout en préservant leur fraîcheur initiale ! Un gain considérable sur ce format CD qui rend désuètes les anciennes éditions bien que le rare format digipack sorti en 2000 (aux côtés de L’Aventurier) demeure un objet recherché par les collectionneurs !

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Sur cette photo, éditions K7, digipack et standard (manque le vinyle !)