Fumerolles

Fin novembre 2012, deux mois et demi avant la sortie de Black City Parade, des journalistes eurent le privilège d’écouter huit titres en avant-première sur les seize qui composent l’album. Les critiques, ravis dans l’ensemble, éprouvent une inclination particulière et commune à l’égard de l’une des chansons, Wuppertal. La suite de l’histoire nous emmène au Palais 12 à Bruxelles dont la sortie DVD a impliqué une promotion à travers plusieurs chansons jouées ce soir là et parmi elles, la dite Wuppertal, véritable fer de lance du Black City Tour. Retour sur l’histoire de cette imposante chanson !

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Wuppertal, c’est un nom qui circulait déjà en 2011. En effet, Nicola l’avait évoqué comme étant un futur hommage à la danseuse et chorégraphe allemande Pina Bausch, initiatrice de danses contemporaines née en 1940 pour qui le chanteur éprouve une certaine admiration. Le documentaire qui lui est dédié et sorti en 2010, Les Rêves Dansants, a probablement été un moteur décisif pour créer cette ode à l’art de la danse. Curieusement le nom de maquette était On The Wheel comme l’indique le film making-of, ceci avant qu’il ne change lors de la réécriture complète du refrain. Une gestation changeante dont on aurait apprécié de découvrir plus en profondeur l’évolution, mais qu’importe, le résultat final est le plus à même à recevoir les jugements, et il impressionne quand on découvre l’album.

D’ailleurs toute la structure de la chanson est surprenante, où tout débute par un air des années 40 qui s’évanouit dans l’éveil progressif d’un rythme lancinant. Une guitare entonne alors une lente ritournelle rejointe plus loin par la mélodie-voix, elle-même mise en relief par des chœurs idéalement placés pour donner de l’impact au chant. Ensuite le refrain explose dans un martèlement sourd, sans voix, où l’on ressent les machines et les vapeurs de fumées qui font le paysage de Wuppertal, cité allemande industrielle où les usines abondent. Puis la poussière retombe dans un second couplet où la danse reprend ses droits, mais ce tableau serein est de courte durée et les jets de vapeurs s’apprêtent de nouveau à exécuter leur ballet. Après un pont à la gravité annoncée, le refrain revient en force et se pare cette fois de vocalises puissantes qui s’étendent sur le reste de la chanson. Et sur ces envolées épiques Nicola pose un dernier couplet envoûtant où la majesté de la mélodie s’accorde à la frappe sourde de l’ensemble de percussions et de métal. Arrivé à ce point tout y est, les fumées blanches et les mouvements de danse, qui s’accordent dans un tableau chaotique et terriblement enivrant que le Black City Tour 2 prendra sur lui d’illustrer.

En concert, Wuppertal était précédé d’un interlude aux images évoquant l’Allemagne mondaine des années 40, charmée et inondée d’articles de presse sur le phénomène des nouvelles formes de danse. Puis quand vient le tour de la chanson, des vapeurs d’eau jaillissaient de l’avancée tandis que les rideaux mobiles arboraient une danseuse angélique, Alice (ça ne s’invente pas) Renavand, exécutant une chorégraphie de danse contemporaine sur fond blanc immaculé et au milieu d’un champ de pétales. C’était une scène de grande majesté, à l’esthétisme pur, qui trouvera son paroxysme lors des deux dates au Stade de France où Alice arrive en personne pour danser autour des 60’000 spectateurs. Mention particulière à la deuxième date, le 28 juin 2014, où la pluie incessante donnait encore plus de grâce à la scène, quand la longue robe blanche d’Alice faisait virevolter des gerbes d’eau tout autour d’elle. L’équipe technique d’Indo en a bien conscience, c’est ce second jour sous la pluie battante qui a été retenue pour figurer sur le DVD/blu-ray. Mais même sans la captation, ce mémorable instant de concert serait immédiatement passé à la postérité, gravé par l’évidence même.

Comme Le Fond de l’Air est Rouge, Wuppertal n’est pas un single en soi. Il s’agit plutôt d’une mise en avant à l’occasion de la promotion de l’album live Black City Tour, avec un extrait faisant office de clip live diffusé sur Internet quelques jours avant la sortie du DVD.

Petite remarque à propos de cette chanson sur l’album, l’édition vinyle ajoute un fond de voix sur le premier refrain alors qu’il est totalement absent sur le CD.

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