Full Moon

La chanson qui a réhabilité le groupe aux yeux de tous mérite bien qu’on s’y intéresse, même si l’on sait déjà à peu près tout dessus et je ne vous apprendrai donc sûrement rien en en racontant la genèse. Nous sommes en 2001, le label indépendant Double T est racheté par BMG qui fusionne ensuite avec Sony, ce qui ramène Indo dans les griffes gourmandes d’une grande maison de disques. Double ironie de l’histoire puisque BMG est aussi l’ancienne boîte de production d’Indochine. A l’heure de l’explosion de la variété française et du r’n’b, Nico et Oli s’enferment en studio pour écrire les chansons d’un nouvel album résolument rock, qui fera plus que jamais tache dans le paysage musical du moment. Rudy Léonet, animateur sur une station de radio belge et surtout meilleur ami de Nicola, propose au groupe de s’ouvrir aux collaborations avec des artistes en marge du star-system et justement, le directeur artistique de Sony Hervé Lausanne met en relation Nicola avec Mickey[3d] (Mickaël Furnon de son vrai nom) qui, ravi de pouvoir faire un échange artistique avec le groupe, envoie deux titres composés de sa main. L’un deux s’appelle C’est Mozart qu’on assassine, ou C’est Tout Comme selon d’autres sources, une chanson sur Stéphane que Nicola a préféré ne pas retenir. Quant à l’autre…

Clip1

J’ai Demandé à la Lune est d’abord un guitare/voix chancelant, dont le leader d’Indochine sent le potentiel et qui mérite d’être travaillé malgré les réticences d’Oli. Les premiers essais débouchent sur des échecs, aucun arrangement ne convient mais Hervé Lausanne et Nicola y croient, il faut la retravailler encore et encore. Ils redisposent les couplets, font du refrain un pont suspendu, installent une sorte de rythme hypnotique et dédoublent la voix du dernier couplet avec l’intervention de la fille de Rudy Léonet, Pauline, qui passait alors par là. Le résultat ne ressemble plus tellement à la version de base mais l’essentiel est là, transfiguré avec talent, et son compositeur même saluera le travail effectué par Indo. Son allure syncopée, son rythme lancinant et sa mélodie/voix parfaitement calquée deviennent une évidence, une œuvre qui ne demandait qu’à être créée, et son existence à dater de ce jour allait changer bien des choses… Presque un bijou d’ingénierie, si l’on poussait à l’extrême une comparaison osée. J’ai Demandé à la Lune rentre sur l’album et s’invite sur le Maxi CD de Punker, single inaugural de Paradize. L’effet est sans appel, la chanson plaît bien plus que la face A et les radios s’en emparent pour une diffusion massive sur les ondes. « C’est Indochine, ça ? ».

Clip2

L’emballement est tel que la boîte de production se hâte de sortir un single dédié à la chanson, seulement deux semaines après Punker, d’abord en Belgique dans une version très (trop) proche de celle de Punker du fait de la précipitation, mais ce single se défend avec l’apport du formidable remix de Frédéric Sanchez qui allonge et enrichit la chanson avec des passages tantôt calmes, tantôt intenses avec des effets de saturation. Puis le succès déferle sur la France, conduisant Sony à sortir le single une troisième fois pour un tirage massif. La chanson plaît énormément au grand public, dont il faut lui admettre l’aptitude à parler aussi bien aux enfants qu’à leurs grands-parents, et elle brasse toutes les générations qui les entourent. Le single se vend à près de 800’000 exemplaires, un record absolu pour Indochine que même les anciens hits n’avaient pas atteint, et qui propulse les ventes de Paradize et ses auteurs au devant de toutes les scènes, sous la lumière d’un renouveau médiatique accompli. Mickael Furnon racontera qu’un jour, il entendit depuis la fenêtre ouverte de sa maison une chorale d’enfants chanter le morceau dans la cour de l’école qui se trouve de l’autre côté de la route, amusé qu’une chanson discrètement née de sa plume ait fait le tour de France voire du monde pour revenir jusqu’auprès de chez lui. Sacré destin !

La chanson ne raconte pourtant pas grand-chose. Le clip n’a pas de scénario plus concret mais comme pour la chanson, c’est avant tout le résultat de quelques bonnes idées qui forment un tout cohérent et de qualité, touchant le cœur des gens avec pudeur et sincérité. Le succès permet au groupe d’embrasser toutes les plus grandes scènes et ça ne se dément pas aujourd’hui. Sans surprise la chanson est vite devenue incontournable, si bien que les fans finiront vite par la bouder dans un effet probable de lassitude voire de snobisme. Il faut dire qu’elle est presque systématiquement jouée, hissée au même rang que les illustres tubes des années 80 du groupe, voguant entre les versions jusqu’à passer dans le set acoustique ces dernières années. Mentionnons également la notable version orchestrale d’Hanoï où les violons font démonstration de force, ou encore le piano/voix servant d’outro à la fin des années 2000. Voici une décennie à qui Mickey 3D (qui l’interprète lui-même à ses propres concerts) et Indochine auront offert un véritable standard de la chanson française ; pas mal pour un album qui ne devait initialement pas sortir Indo de la marge. Après Wax et Dancetaria, Paradize bouclait d’abord une boucle, faisant prolongement d’une certaine quête de renouveau musical pour Indo avant que J’ai Demandé à la Lune ne produise son miracle. Pour revenir à sa relation avec les fans aujourd’hui, la chanson demeure indéniable et ne mérite pas qu’on la rejette parce que son quasi-million d’exemplaires vendus lui a donné des allures de chanson commerciale. Elle n’a jamais été conçue dans ce but. Elle a marché, c’est tout, née du miracle et de l’état de grâce que vit le groupe à ce moment précis de son incroyable histoire.

Le single le plus courant est la pièce du puzzle Paradize côté supérieur, trouvable pour quelques malheureux centimes ! Comme un ironique coup du sort, Punker subit l’effet d’inversion et passe en face B ! Le single inclut en plus l’instrumental Glory Hole qu’Indochine avait initialement composé pour être le générique de Radio 21, station radio belge animée par Rudy Léonet. La pièce côté inférieur est étrangement plus rare, et comporte l’autre inédit Comateen II à la place de Glory Hole. Outre l’édition belge mentionnée plus haut, il existe un promo proche de celui-ci et un autre à destination du Canada. Enfin, une mystérieuse édition Export devait servir de promotion pour l’Europe et mélange les caractéristiques des autres singles, une pièce qui prouve que même un hit immense peut faire l’objet de pièces rares !