Le jardin de Vénus

2002, nous y voilà ! Paradize, le disque de tous les records ! La preuve que les miracles existent. La justice rétablie après dix ans de désert médiatique. Mais il fallait peut-être ça, cette période de calme après les années 80, pour que le groupe s’offre une cure régénérante auprès de ses fans, sans que des caméras ne les suivent partout. Mais depuis 1996, le groupe était déjà sur une voie ascendante, avec Wax et son renouveau propice aux perspectives, puis Dancetaria qui suscite curiosité et agrandissement de salles de concert… et enfin Paradize, la fin de la trilogie, qui rétablit définitivement la lumière. J’ai Demandé à la Lune passent sur toutes les radios, un peu partout, tout le temps. On assiste alors à de prodigieux retournements de vestes médiatiques, mis à genoux par la réhabilitation du groupe qui les pousse qu’ils le veuillent ou non à revoir leur copie, ou à se réduire au silence pour les moins opportunistes d’entre eux. Indochine revenu sur la scène publique permet d’ailleurs à Nicola de pouvoir imposer ses discours et dénoncer ces injustices subies une décennie durant. Tout revient dans l’ordre donc, et signe physique de ce retour en force, c’est l’avènement d’un logo rassembleur, une croix symbolique qui se dresse aux yeux de tous.

23-Promo
Nouveau groupe, nouvel emblème

Avec Oli propulsé au rang de compositeur attitré (qui n’en demeure pas moins graphiste, c’est lui qui a donné naissance à la croix, après tout), Nico se sent pousser des ailes ! Il emballe avec son nouvel acolyte des chansons à une vitesse folle, au rythme parallèle des nombreuses collaborations qui se nouent à l’occasion de l’écriture de cet album alors très attendu, étant le premier conçu sans Stéphane. L’inspiration est là, née par le renouveau, et tout éclot comme par miracle. Un contenu énorme arrive, plus lourd et moins synthétique, en forme de pavés dans la mare car ce qui se compose risque de faire parler… Il est vrai que Dancetaria ouvrait de nouvelles voies musicales, mais tout de même, Marilyn

Le grand retour, c’est d’abord à J’ai Demandé à la Lune qu’Indochine le doit. Parmi les collaborations qui se sont ouvertes pour l’écriture de cet album, il y a eu cette intervention de Mickael Furnon (Mickey 3D), qui écrit avec plaisir deux chansons pour le groupe. L’une est retenue, une guitare-voix, arrangée en balade hypnotique qui enivrera la France entière tant les radios se sont emballées pour cette chanson. Un succès énorme, surréaliste, qui propulse de nouveau Indo sur toutes les scènes, sur tous les écrans, sur toutes les ondes.

Paradoxalement La Lune représente peu l’album dont le son a été essentiellement influencé par Oli. C’est du rock sale, indus comme qualifié dans le milieu, tel l’illustre Dunkerque et sa ligne de guitare sablonneuse. Outre la musique ce sont les textes que les fans affectionnent, ne serait-ce que son intro riche de sens : « Le monde est un pervers et je continuerai de le braver ». Paradize enchaîne les titres de cette portée, comme Electrastar, vibrant hommage à Stéphane ou encore Mao Boy !, ode lumineuse à la maternité qui peut apparaître comme la suite logique des thèmes abordés dans Wax et Dancetaria, où à l’amour naissant succède l’arrivée de l’enfant. Mais Paradize, c’est aussi et encore les thèmes chers à Indochine, comme le duo Le Grand Secret qui intervertit fille et garçon, ou l’évocation du sexe mêlé à la religion avec Dark. La balade gothique Comateen I ajoute quant à elle la notion de la mort et du deuil, dans un texte à la vocation non moins religieuse et sur une musique toujours plus belle signée Oli. Le Manoir respire au contraire la vie et promet le refuge à ceux qui en éprouvent le besoin, sorte de mise en abyme de ce qu’est Indochine pour beaucoup de fans, en fin de compte. Dans un autre registre, Paradize met en avant les guitares saturées pour une ouverture détonante, et Punker prend l’apparence d’une chanson-gag avec quelques références à l’Extrême-Orient, pour ne pas oublier ses racines. De son côté, Like a Monster se moque allègrement des prétendants au trône présidentiel qui charme les citoyens de promesses alléchantes, comme l’on peut y voir les déboires de notre bonne vieille société médiatique (qui après avoir épuisé le filon des boys band s’attaque à celui de la téléréalité). Enfin, l’on atterrit en douceur avec Un Singe en Hiver, un piano-voix écrit par Jean-Louis Murat, qui semble avoir tout compris au groupe tant le texte est révélateur sur Indochine et son leader.

23-Singles
Les singles de Paradize

En plus d’être un album de qualité, Paradize est exceptionnellement prolifique. Quinze chansons composent le disque (déjà un record en soi chez Indo), et comme si ce n’était pas assez, trois inédits sont éparpillées ça et là sur les singles. Tel est le destin d’Indochine, qui repart sur les routes pour encore longtemps, mêlant son public d’alors à une nouvelle jeunesse qui découvre le groupe. Tout s’éclaire comme au paradis, où le destin d’Indo s’est de nouveau inscrit dans l’Histoire du rock.

Pas d’édition limitée en soi contrairement à Dancetaria, mais les 30’000 premiers exemplaires vendus à la FNAC étaient accompagnés d’un DVD bonus avec making-of et interviews. De nombreux samplers gravés ont fait office d’enregistrements pirates. En 2012, l’album ressort dans une édition rose à l’occasion des dix ans de l’album, suivi par une autre réédition limitée au format « disque d’or » à l’initiative de Sony. Plus tard encore, l’album ressort en LP en 2015 puis en CD digisleeve en 2017 sous Indochine Records.