A la mémoire des sacrifiés

Le XXème siècle s’ouvre sur une période de conflits. Les relations entre les premières puissances européennes sont instables, exacerbées par une montée en flèche du nationalisme et par une volonté d’expansion territoriale des nations colonialistes. Tandis que la France forme la Triple-Entente avec le Royaume-Uni et la Russie, l’Allemagne animée par la volonté de se répandre envahit la Belgique et forme la Triple-Alliance avec l’Italie et l’Autriche-Hongrie. Les tensions sont trop fortes pour être apaisées, et le conflit éclate avec l’assassinat de Sarajevo -en Autrice-Hongrie- le 28 juin 1914. Les soldats français partirent « la fleur au fusil », convaincus que la guerre sera brève, mais elle s’étendra sur quatre longues années et fera neuf millions de morts et vingt millions de blessés. C’est la génération sacrifiée, au nom de la folie des hommes.

Et c’est là-dessus que Nicola veut poser le doigt, quand s’ouvrent les voies de l’après-Alice & June. Affecté lui-même dans sa vie personnelle, il découvre le travail de Sophie Calle à la biennale de Venise sur le thème d’une lettre de rupture qui lui était adressée, et tout s’éclaire. Partager la douleur, la vivre aujourd’hui quand on se sépare de la fille qu’on aime, la vivre autrefois quand des jeunes de notre âge partaient à la guerre, pour ne pas dire à la mort. Une projection en arrière s’installe, règle l’optique sur une époque déshumanisée dont on ne fera jamais complètement le tour, car on oublie dans les chiffres que des femmes et des hommes ont vu leur vie se déchirer parce que des puissants, du haut de leurs bureaux, n’ont pas été capables de trouver une solution de raison. Nicola relit les lettre des poilus adressée à leurs femmes, à leurs enfants, parfois même à leurs gouvernants qui, s’ils sont les plus propres sur eux, traînent le plus de sang sur les mains. Alors un nouveau concept voit le jour, basé sur la douleur et le bouleversement des vies d’hier à aujourd’hui, et Little Dolls a la faculté d’en cristalliser tous les aspects.

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Et en cela cette chanson est un parfait lead single pour l’album à venir. Outre la musique efficace et révélatrice de la direction prise par l’album, la parole est clairement donnée aux poilus, ces citoyens improvisés guerriers conduits en enfer. Pourtant le texte est très implicite, une habitude chez Nicola, mais on y entrevoit le malaise général dans l’esprit de partir à la mort, d’être sacrifié avant même d’avoir commencé, et peut-être plus encore de subir la séparation avec la famille ou la fille aimante pour une possible éternité. Alors Nicola chante « J’attends mon âge », où quand le destin choisira si l’homme-soldat malgré lui peut encore vivre ou s’il doit mourir. Le tout est signé sur une musique pop/rock assez nouvelle, s’éloignant du rock brut d’Alice & June et plus encore de Paradize, pour créer un nouvel univers musical qui a le mérite d’ouvrir des portes jusque là laissées fermées (en respectant bien sûr l’essence de la musique d’Indochine, cela va sans dire)! La chanson est en soi assez simple mais ses motifs sont entêtants, envoûtés dès les premières secondes avec la guitare bicéphale d’Oli et se mouvant dans les rythmiques délicieusement calibrées par un synthé éclatant. Le clip est une autre surprise : entièrement composé d’images d’archives, c’est un recueil de films de la Grande Guerre qui défilent rapidement, très rapidement. S’ils s’attardent succinctement sur les visages, on voit surtout les images se succéder en un vrac obsédant. C’est la guerre, et les êtres humains plongés dans cet abîme sont animés comme des marionnettes, faits pour être commandés. D’où probablement le nom de la chanson…

Little Dolls ouvre un univers qui régira le reste de l’album, loin des folles élucubrations de Lewis Caroll qui ont conditionné l’album précédent. Comme dit plus haut, il est aussi un titre de synthèse, portant sur lui un monde entier que l’on se remémore à chacune des apparitions du titre en concert. Evidemment incontournable du Meteor Tour, Little Dolls imprime des couleurs sépia sur les murs du Black City Tour et gardera sa place un long moment. Une dernière apparition aux festivals de 2016 se fait avant une absence des setlists du 13 Tour, mais nul doute que cette chanson forte de sens et efficace en live reviendra un jour…

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En 2009, c’est la fin des CD singles commerciaux, vaincus par les plates-formes de téléchargement légaux qui fleurissent sur le net. La République des Meteors n’y déroge pas et outre Le Lac, tous les autres singles ne sortiront qu’en format digital. Ne restent que les singles promo pour sauver les meubles et celui de Little Dolls est distribué en grand nombre. La version présente dessus est d’ailleurs un mix différent de l’album, avec une intro raccourcie et un spectre sonore généralement plus clair.

La version Box Deluxe de l’album contient un vrai-faux single très similaire au promo, mais la version de Little Dolls est celle de l’album, et le texte au verso contient une mention « Ne peut être vendu séparément » qui n’est pas sur le promo. Comparaison ici !

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