Thaï Rhapsody

Le double album Alice & June est annonciateur d’une longue tournée. Avant même sa sortie officielle le 19 décembre 2005, Indo donne trois concerts en guise de prélude, à Bruxelles, Reims et Paris. Les fans chanceux qui y auront assisté découvriront certaines des nouvelles chansons issues de ce généreux projet et parmi elles, un certain Ladyboy.

 

Ladyboy dispose d’une qualité assez rare : c’est à la fois un des titres les plus originaux de l’album, et il a tout du parfait single commercial pour allécher le grand public. Une place pourtant réservée à des chansons plus conventionnelles, habituellement. Car oui le second single d’A&J est plutôt unique en son genre, avec son piano déglingué et la chorale des Normandy Kids en guise de refrain, le tout emballé dans une production riche et poussée qui met un point d’honneur à mettre en relief une mélodie obsédante. Indochine, groupe de rock ne l’oublions pas, ne s’était encore jamais prêté à ce genre d’exercice, du moins en ce qui concerne la chorale d’enfants et la texture exceptionnellement soignée. L’ingéniosité d’Oli a fait des miracles ! D’autant plus qu’il ne sonne plus du tout comme Paradize, confirmant par là même que le nouveau compositeur du groupe sait se renouveler et développer sa fibre créative. Le renouvellement, c’est aussi le texte, signé par la poète Valérie Rouzeau qui nous emmène tambour battant à travers un récit héroïque, fait de promesses conjuguées au futur et d’envolées épiques qui viennent du cœur !

Le titre sied à merveille à l’univers d’Alice & June avec son esprit enfantin et un peu inquiétant, et contrairement au single précédent le clip versera totalement dans cette idée. Réalisée par Jaco Van Dormael, l’œuvre tournée en 3D envoie une caméra se perdre dans un étrange manoir aux espaces indéfinis si ce n’est ses couloirs sans fin et son papier peint défraîchi, balayant l’endroit dans un unique plan-séquence de quatre minutes. Cette étrange tanière se révèle être peuplée de lapins armés de tambours au pas de marche, d’enfants thaïlandais en tenue de cérémonie et de tableaux vivants à l’effigie des membres du groupe, à l’occasion vêtus de saillantes tenues dandy. Pour nous autres spectateurs, nous voilà bien perdus au fond du terrier du lapin blanc ! Une pure réussite technique et stylistique, où l’esprit originel de Lewis Carroll est savamment restitué.

 

Le clip live, naturellement plus épuré, reprend quant à lui les éléments institués par la peinture d’Aya Bagayan en répartissant des ours en peluche dotés de fusils égarés sur une steppe ; tandis que les crânes en fleurs entonnent le refrain sur une animation sommaire mais paradoxalement bien en phase avec l’univers d’Alice & June. Rarement un simple single a aussi bien délivré l’univers d’un album en quelques tours de pinceaux, car Ladyboy dessine bien à lui seul les contours d’un monde finement établi et si brillamment inspiré. Restent alors aux autres singles de poursuivre dans l’illustration de cet univers en y incrustant leurs propres éléments, leurs propres personnages, bien que l’album sorti ait déjà distillé une salve d’images propres à faire vivre cet univers.

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La pochette de ce second single est à son tour une très belle démonstration en terme de visuel ! Un single promo a d’abord été distribué aux radios avant sa sortie commerciale le 10 avril 2006 (comparatif ici). Le radio edit est une version raccourcie de la chanson, qui l’était déjà sur le promo avant de perdre quelques secondes de plus sur le commercial, pour correspondre à la durée du clip sans doute. La balance a été également modifiée pour un rendu légèrement plus pop, mais sensiblement inférieur à la version de l’album à mon goût. En guise de compensation la galette contient le clip et deux bons remixes, le premier où la basse prend le dessus et le second un tantinet psychédélique. Un troisième réalisé par Ladytron était proposé en bonus en utilisant la carte de téléchargement d’Alice & June Tour.

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Single commerce