Vol sauvage

Pour promouvoir l’album live Alice & June Tour, un single promotionnel est parti aux radios avec une chanson encore inexploitée de l’album. Inexploitée, sauf en concert où Crash Me ouvrait la seconde partie de soirée avec une séquence vidéo de haute volée. C’est le début des clips à caractère immersif dans les concerts d’Indo, et Nicola a bien compris que cet outil peut être un formidable moyen de faire parler l’univers qu’il met en place à chaque nouvel album. Quand bien même, Crash Me se targue d’une portée universelle, au-delà du message qu’il transmet par la bouche d’Alice & June. Gros plan sur le titre qui transcendera leur parole et portera leur regard sur les plus beaux paysages.

Crash Me sonne, dans la tête de son auteur, comme le bord de la falaise avant le grand saut, ce que les deux filles s’apprêtent à accomplir pour honorer leur pacte. C’est le fameux point de non-retour sur la décision de vivre ou de mourir quand on est adolescent, tel que plusieurs chansons d’Indochine le décrivent. Une fois le message en tête, certaines paroles en deviennent macabres quand on les relit (« Plus rien ne nous arrivera ») tandis que d’autres prolongent l’idée de l’idée de vivre ou du moins en soulève une profonde antithèse (« On voudrait que plus rien ne s’arrête »). Parfois ces deux entités vont de pair, comme il est souvent pensé à titre spirituel que la mort est un prolongement de la vie, qu’il s’agit même parfois du seul moyen pour vivre et revivre les meilleurs moments de sa vie. Loin des malheurs et des autres cœurs, pour s’accorder chaque précieuse seconde à soi, ou avec qui on souhaite la partager. Appartenir à soi ou appartenir au monde, pour quelques secondes ou pour des années, le seul privilège que l’on ait est celui de pouvoir choisir. Nicola a dû longuement méditer là-dessus à la suite de sa douloureuse expérience quelques années auparavant, quand il apprit que traverser le deuil peut se faire de plusieurs moyens.

La musique et le clip portent le message dans une dimension plus grande, plus accessible pourrait-on même dire, que les paroles dans leur forme brute. En effet, comment ne pas s’abandonner aux puissantes notes de la guitare, aux envolées du synthé, à la voix aérienne de Nicola et aux vues plongeantes sur les falaises de Belle-Île-en-Mer ? Le tableau est somptueux, si proche de la réalité et à la fois si onirique, empreint de poésie et d’évasion, qu’en redescendre nous fait l’effet d’une fin de rêve. La musique est plus que jamais un voyage, vouée à exalter nos envies d’ailleurs et d’emporter l’esprit là où le corps ne peut toujours se rendre. De par ces interactions entre les pensées, l’image et la musique, la plume de Nicola s’affranchit de son message torturé pour se livrer à l’immensité de la nature, véritable colosse du vide et de la contemplation, là où peut-être le sort saurait décider du chapitre suivant. Et tel un livre ouvert, le panorama investit le regard et embrase l’iris d’un public attentif et conquis. Les images diffusées en concert feront tellement sensation qu’elles en deviendront le clip officiel, dans une version légèrement cependant écourtée due au format radio. Après une absence totale au Meteor Tour, la chanson revient sur certaines dates du BCT pour tirer profit de l’écran à 180° de la scène. Les spectateurs de la fosse ont carrément l’impression de planer au-dessus des falaises, grisés par l’effet d’immersion, le sentiment de vide et la fibre enveloppante de la musique. Tiercé gagnant pour un instant inoubliable de live.

A propos de la musique, il est intéressant de mentionner certains détails. La phrase citée en intro est « Welcome to our paradise », répliquée extraite du DVD du film Ni Pour ni Contre (bien au contraire) de Cédric Klapisch que le groupe avait emprunté à Luc Besson lors des sessions d’écriture du double album. Il existe une alternative peu accessible d’Oli de cette chanson, le Whisper Remix, puisqu’il est uniquement dispo en téléchargeant Alice & June Tour depuis la carte vendue à la FNAC. Il s’agit d’une vision soft du morceau, sans rythme ni guitare. Quant à l’original, il est étrangement absent de l’édition simple de l’album, fait curieux au regard de sa qualité reconnue et son accès à la postérité.

Le single promo a été distribué à la presse le 15 octobre 2007, avec un feuillet explicatif relatant le succès de la tournée et la mise en vente des supports. La version de Crash Me présente dessus est supposée être l’édition live issu d’A&J Tour, mais elle est au final bien différente. Outre les habituelles amputations (dont la suppression du passage « S’imaginer les robes déchirées »), la prise de voix de Nicola n’est pas la même et le public semble être carrément absent. Plutôt atypique, pour une version live.

Supports
CD single promo