Aquilon

La tournée 88 est sur le point de se terminer quand, le 10 juin, un dernier single pousse 7000 Danses dans ses derniers retranchements. La tournée a eu un succès retentissant avec une belle série de concerts en France dont un retour au zénith, et surtout des dates qui ont traversé l’Atlantique. Outre Montréal, c’est surtout Lima qui a défrayé la chronique avec des concerts sold-out devant 48’000 fans ! Voilà qui explique, au passage, d’où viennent les commentaires dithyrambiques en espagnol trouvables un peu partout sur le net aujourd’hui. Mais ce n’est pas le sujet.

Troisième single à sortir de 7000 Danses, La Chevauchée des Champs de Blé reconduit la torpeur érotique de La Machine à Rattraper le Temps et la transpose dans un cadre nouveau où les champs remplacent les marécages. Cette vision bucolique est la traduction d’un auteur en quête d’espace, qui se met au cheval et aux randonnées en forêt pour s’éloigner du showbiz résultant du succès de 3. A cet espace se conjugue l’acte sexuel que l’on imagine aisément, même sans les paroles, tant l’image d’un couple qui fait l’amour dans les champs est ancrée dans l’imaginaire collectif. Fidèle à lui-même, Nicola aborde le sujet avec retenue, plus encore qu’avec Trois Nuits par Semaine tant il joue sur les allégories tout au long du texte. L’image est forte et très sensuelle sans jamais être vulgaire, un tour de force littéraire que son auteur reproduira à maintes reprises dans la carrière d’Indochine. Dominique a quant à lui composé une de ses belles musiques, entremêlant des cordes légères à une batterie claire sur lesquelles planent la voix énergique de Nicola. Les mélodies sont gracieuses, comme nous emmenant dans un tourbillon de plumes avec ses airs fluets et ses crescendos aux accords miraculeux. Dans cette course envolée, des sons répandus dans les vibrations évoqueraient presque les blés fauchés pendant la moisson.

Comme La Machine à Rattraper le Temps, le clip misera sur l’esthétique avant tout. Les deux clips ont par conséquent une tendance à se ressembler, si bien que l’on peut voir en ces deux chansons une sorte de diptyque, après coup. La différence essentielle se situe alors au niveau de la musique, heureusement très différente l’une de l’autre pour conjurer le sentiment de répétition. Mais il serait ingrat de ne rien entrevoir du clip de La Chevauchée, qui se risque à se poster sous un cheval galopant dans les champs pour rendre plus précise l’idée dégagée par la chanson, comme quand un coup de pouce vient seconder l’imaginaire et immortaliser sa vision. Le parallèle entre l’animalité et la sensualité humaine se ressent aussi, servant là encore à l’imagerie pleine de grâce de 7000 Danses et à leur inspirante poésie.

Un si beau morceau ne peut qu’être sublimé en live, surtout quand des arrangeurs de talent lui donnent encore un peu plus de grâce. C’est le cas dans sa forme privilégiée : en version acoustique, soit son interprétation la plus fréquente. Il suffit d’entendre les premiers accords de piano pour comprendre que l’on vit un beau moment de musique, et les heureux spectateurs des Nuits Intimes en auront pour leurs frais ! Pour les autres, des sessions de rattrapage seront disponibles comme sur la première partie de l’Alice & June Tour, où le jeu de Matu prend une virtuosité folle à travers le piano et son acoustique propre à la tournée. Il faudra ensuite attendre le 13 Tour, et plus exactement la date en plein air de Nancy pour retrouver l’élégance de cette version. Oli devient l’instigateur des premières notes au piano avant d’être rejoint par le chant de Nicola, et c’est toujours aussi beau quand l’orchestre lance sa course à travers champs. Cela aurait pu être exceptionnel, mais le groupe a bien raison d’avoir maintenu ce sublime morceau sur certaines dates de la 2ème Vague et aujourd’hui, il demeure à espérer un enregistrement sonore digne de ce nom. Parce qu’aussi étrange que celui puisse paraître, cette version n’a jamais eu droit à une sortie CD, pas même Nuits Intimes qui a mystérieusement fait l’impasse dessus. Puisse ce tort un jour être redressé.

La version single de La Chevauchée est très différente de la version album. Elle a été complètement remixée, son intro est plus courte et plus tonique, le saxo de Dimitri a disparu, la voix féminine également et le dernier couplet («A travers les cascades») a carrément été supprimé ! Idem pour la version longue présente sur le Maxi. Quant à la face B, il s’agit de l’instrumental La Bûddha Affaire, également affectée d’une version longue qui lui permet de passer le cap symbolique des trois minutes. Enfin, la version remastérisée de l’album en 2015 a étrangement coupé la très belle introduction au piano.

A la fin des années 80, le support CD commence à émerger et c’est dans cette optique que le Maxi se décline sur ce nouveau support. Encore assez confidentiel, ce Maxi CD est pourtant le plus complet de tous les supports avec la présence des deux versions de La Chevauchée (version longue et celle du 45 tours) en plus de la version longue de La Bûddha Affaire. Une seconde version de ce disque existe, avec une impression en noir qui arbore les visages de Nicola, Stéphane, Nicolas et Dimitri.

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