Rockeurs des villes

En 2006, tout roule pour Indo. Alice & June monte en première place des ventes, qu’il s’agisse de l’album ou des billets de concert, et ce n’était pas un succès garanti après la période faste de Paradize. Loin de suivre le sillon creusé par le disque millionnaire qui l’a précédé, Alice & June s’est paré d’une identité très personnelle, quand bien même il apparaît une admirable cohérence entre ces deux albums qui ont fini de bâtir l’Indochine des années 2000. Hanoï a fêté les 25 ans du groupe avec deux mémorables concerts et le grand public redécouvre l’histoire du groupe grâce à l’excellent documentaire Un Flirt sans Fin diffusé à la télévision. Enfin, Ladyboy a obtenu un succès radio significatif grâce à une diffusion généreuse, et Adora est sans doute la chanson la mieux placée pour lui succéder.

Pourquoi Adora ? Parce que ce titre est une petite bombe ! Plus rock que Ladyboy, plus foufou qu’Alice & June, c’est l’instant de musique qui s’en remet complètement aux fantasmes, au non-sens assumé, et parfois on en a bien besoin. C’est le genre de chanson à ne pas prendre au sérieux, très représentative de l’album car beaucoup de titres vont dans ce sens et Adora en est le témoin idéal. C’est la parole de la jeunesse contre le monde un peu trop sérieux, qui prend la guitare et le fait danser. La folie déchaînée dans les amours et la musique, quitte à se faire mal, parce que c’est aussi comme ça qu’on vit. C’est là la direction de l’auteur, qui conte ses témoignages du monde qui l’entoure dans un texte aux penchants sadomasos, sorte de violence jouissive que l’on s’adresse à soi déclinée sous toutes ses formes. La musique exalte cette énergie de la violence et du sexe avec des guitares libérées dans les refrains sans voix, entrecoupées par des couplets farceurs aux airs lubriques. Ces mêmes guitares se lâchent davantage dans l’outro, portant en live et sur le single la voix de Nicola à des hauteurs aux allures de septième ciel !…

Le clip de peggy m. apporte une vision très juste de ce titre et compile des images dans l’air du temps. Des caméras fixes type webcam passent de chambres en pièces de maisons diverses, remplies d’ados (et de moins jeunes) qui se la jouent Drugstar avec moins de saccage mais plus de frénésie. Et certains sont carrément déjantés ! A côté, les membres d’Indochine qui se mêlent au jeu passent pour des enfants de chœur, et pourtant l’on se demande si Boris n’est pas possédé. Nicola quant à lui fera même un malaise, un vrai, surmené par le tournage du clip situé au cœur d’une tournée harassante. En tout cas l’idée était excellente, intelligemment travaillée même si au bout du compte le résultat ne sera à prendre plus au sérieux que la chanson. Il respire l’envie de vivre l’instant présent, dans le délire et sans complexe. C’est un chapitre dominant du livre Alice & June que celui de représenter la jeunesse quel que soit l’âge, l’environnement social et les motivations, prendre son pied et jouer dans la symphonie du monde la partition qu’elle désire. Lui adresser le message que rien n’est sérieux et qu’on n’en sortira de toute façon pas vivant. Message très indochinois dans le fond, et on ne sera pas surpris qu’il devienne le leitmotiv d’un futur album. Sans surprise le titre fait vite ses preuves en concert et au delà de l’Alice & June Tour, Adora fera une incursion dans le medley du Meteor Tour puis sera gratifié d’une place stable dans les Festivals de 2016 et lors du 13 Tour.

Fait rare chez Indo, le single contient un inédit, 9.9.9 (à prononcer en anglais s’il vous plaît)! Plus électro que le reste de l’album, il n’empêche que les guitares explosent sur le refrain et l’on retrouve vite Indo en terrain connu. Nico s’offre le luxe de chanter ce titre en anglais, pardon en yaourt, procédé dont il ne se sert habituellement qu’en guise de paroles provisoires avant une finalisation en français. En tout cas l’énergie rock d’Alice & June y est complètement, moins la thématique, ce qui explique peut-être son absence dans le double album à l’univers bien dessiné. Un mot sur les deux remixes qui se cachent en piste 3 et 4. Celui d’Oli plutôt long surprend par les différentes phases que traverse la chanson, commençant par de l’acoustique pur et finissant sur un fond vrombissant. Le second est l’œuvre de The Dead Sexy Inc. et c’est franchement réussi ! Proche de l’original, cette version apparaît comme une alternative avec des canaux électro placés sur détonateur. S’ajoute un troisième remix à ces titres déjà nombreux pour un simple CD single ; réalisé par Terence Fixmer, ce remix inédit était proposé en téléchargement sur certains sites français.

Adora sort en single le 18 septembre 2006, précédé d’un single promo envoyé aux radios deux mois avant. Fait curieux, la chanson n’est pas tout à fait la même d’un single à l’autre. La version du promo est celle que diffusaient les radios pendant l’été, plus courte et introduite par un synthé, tandis que celle du single commercial se rapproche de la version longue de l’album. Dans les deux cas, des paroles ont été ajoutées sur le dernier refrain (« Enlève-moi… ») telles que Nicola les chante en concert, ce qui est du plus bel effet !

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CD Single