Contre-crise de la quarantaine

Le 26 mai 2020 est une date clé. C’est le jour où le bal des 40 ans du groupe a débuté, avec une ribambelle d’annonces et de sorties pour l’année et demi à suivre. Quand la vidéo introductive a été diffusée, c’est la nouveauté qui s’est annoncée en premier : là sur l’élégante photographie d’Erwin Olaf, deux « Singles Collection », le premier regroupant les singles de la seconde vingtaine (2001-2021), le second avec ceux de la première vingtaine (1981-2001), sortiront à trois mois d’intervalles. Indo avait toute légitimité à sortir un best of ; après tout le précédent date officiellement de 1996…

Titres 2001-2021

C’est la période s’étalant de J’ai Demandé à La Lune à l’inédit Nos Célébrations qui sort remixée en premier. On n’aurait pu ne jamais savoir pourquoi les volumes ne sont pas sortis dans l’ordre chronologique des singles, mais en même temps personne ne s’en était posé la question. J’y réponds tout de même : Nos Célébrations, qu’il fallait sortir en début d’hostilités, s’avère être bien plus judicieux à être positionné à la suite des derniers albums que des premiers. Remixée disais-je car oui, Indo ne s’est pas contenté de regrouper les singles sur deux disques, mais en a complètement refait les mixages. C’est le multi-récompensé Mick Guzauski qui se retrouve à la baguette, déjà aux commandes de 13, et qui se plaira à reprendre les bandes de chaque titre pour les réarranger puis les réassembler. Ce n’est donc pas un simple remaster comme fait précédemment, mais un travail plus en profondeur quoique non moins risqué. Car si chaque période offrait des moyens plus ou moins élargis pour faire sonner les morceaux comme l’artiste le désire, le charme des mixages de chaque époque peut nous faire préférer les versions originales. Il faut alors prendre ces nouveaux mixes comme des versions alternatives à ce qui est déjà sorti, et c’est flagrant sur les titres de Black City Parade par exemple, comme Memoria (cette batterie !), College Boy et Belfast que l’on découvre réellement sous un nouvel angle. Les titres de 13 sont strictement les mêmes que sur l’album, un regret sachant l’inaccessibilité de certaines versions singles. A l’inverse, les chansons de Paradize sont bien dans leurs versions raccourcies, à l’exact inverse d’Electrastar, encore plus long que l’original. Cette sortie grave d’ailleurs enfin sur disque des versions singles auparavant peu accessibles, comme Un Singe en Hiver, Pink Water, Le Dernier Jour et Traffic Girl dans son attachant pop mix. Certaines manipulations sur la voix de Nicola laissent plus à désirer (Adora), de même que sur les chœurs des Normandy Kids de Ladyboy. Au regard de l’œuvre entière, ce premier volume a le mérite d’unifier tous les singles dans un vrai souci d’harmonisation, comme Unita en son temps. La version Deluxe propose d’ailleurs un troisième disque intéressant, avec les joliment nommés « petits pianos sans voix » produits par un fan du groupe. On y trouve même des non-singles que sont Wuppertal et Black Sky, pour redécouvrir les mélodies dans leur plus simple appareil. Les arrangements sont un peu scolaires, jouant sobrement les mélodies de Nicola et d’Oli sur un rythme binaire presque toujours joué par la main gauche. C’est d’une simplicité presque convenue, mais le plus important est sauf avec une beauté au moins préservée. Les deux derniers titres nous font retrouver la voix de Nicola en pleine forme, chantant à plein poumons sur le piano d’Oli. Pour Le Grand Secret, impossible de ne pas se rappeler le Stade de France 2014, si ce n’est la piste-voix originale de Mélissa sur laquelle chante le Nicola de 2020. Drôle de mélange, mais ça marche !

Singles

Le second volume sera plus chiche en terme de bonus, avec seulement quatre pianos (dont un Punishment Park inattendu) mais aussi un guitare/voix sur Juste Toi et Moi. Le choix de ce titre n’est pas anodin, on peut comparer cette version à celle de Nuits Intimes jouée vingt ans plus tôt, plus posée comme marquant le poids des années sur les épaules de Nicola. Mais ce qu’on peut considérer comme la plus grande nouveauté est plutôt du côté de 3SEX, une reprise de 3ème Sexe en duo avec Christine and the Queens qui succède à Nos Célébrations comme second single. Quant aux nouveaux mixages, ils sont sacrément réussis ! Loin des irrégularités du premier volume, chaque single devient tour à tour plus musclé, plus profond, plus punchy, quitte à un peu délaisser le pétillant des titres des années 80 au profit de beats plus actuels. On gagne tout de même au change, comme sur les bons vieux 3ème Sexe, L’Aventurier ou bien encore Des Fleurs pour Salinger. Comme pour les remasters 2015, les titres d’Un Jour dans notre Vie sont les moins retouchés, à croire que la production d’époque se montrait réellement à la pointe pour ne jamais prendre la poussière. A contrario, Drugstar, Satellite et Kissing My Song respirent encore un peu plus après déjà un joli travail fait par Chab en 2015, tandis que Juste Toi et Moi et Justine retrouve le syndrome Memoria avec une batterie plus présente. On se surprendra à entendre quelques paroles inédites sur Stef II, et à retrouver le passage « comme un rêve » de Les Tzars pourtant recalé de la version finale que l’on connaît, du moins avant que le mix accidentel du deuxième et interdit Birthday Album de 2004 nous en fasse découvrir l’existence. Enfin, Atomic Sky nous emmène une dernière fois vers le ciel en toute fin de piste, au-delà du final instrumental que l’on connaissait jusqu’à présent. La compilation souffre hélas de son incomplétion tant certains titres brillent par leur absence. Toutes périodes regroupées, ils se comptent au nombre de six : La Guerre est Finie, Sur les Toits du Monde, Je N’Embrasse Pas, Dancetaria, Punker et dans une moindre mesure You Spin Me Round (Like a Record). Il est bien frustrant de ne pas ramener dans la lumière ces chansons relativement méconnues du grand public, ne serait-ce qu’à l’égard d’une œuvre aussi formidable que Dancetaria.

Titres 1981-2001

Il y a plusieurs façons de produire un best of. Certains artistes se contentent de rassembler les titres tels quels, d’autres osent un véritable arsenal d’inédits, de raretés, de réarrangements, d’instrumentaux… Indo, lui, s’est toujours positionné entre les deux, que ce soit avec le Birthday Album ou avec Unita. Les Singles Collections ne dérogent pas à cette tendance, mais on ne peut nier que le contenu demeure assez généreux. Retravailler ainsi chaque titre alors que l’acheteur lambda ne s’intéresse guère aux considérations techniques relève d’une véritable motivation à soigner son œuvre, à la faire perdurer, un peu à l’image du groupe et de ses fans. Le premier volume est sorti le 28 août 2020, le second le 11 décembre, soit un intervalle de près de trois mois auquel le groupe nous a souvent habitués. On retrouve les supports tout aussi ancrés dans la tradition, entre les CD, la double K7 et le quadruple vinyle, le tout arborant les superbes clichés issus du shooting photo d’Erwin Olaf en novembre 2019. A la sortie du second volume vient se greffer une box collector avec un compartiment vide pour y insérer le premier volume, c’est simple et astucieux comme un cadeau d’anniversaire.

83-Singles Collection 1981-2001