Le syndrome d’Algernon

Jerome David Salinger est un écrivain américain né le 1er janvier 1919 et mort le 27 janvier 2010. Il suit des études chaotiques en Pennsylvanie puis dans d’autres facultés américaines où il échoue tour à tour aux examens. Mais durant son séjour à l’université de Columbia, il est repéré par l’un de ses professeurs qui lui trouve du talent pour l’écriture et lui propose de rédiger une nouvelle dans le Story Magazine. L’élève et le professeur correspondront pendant plusieurs années, tandis que Salinger continue de publier des nouvelles avec une notoriété naissante vers 1948 lors du succès d’Un jour rêvé pour le poisson-banane. Mais la reconnaissance publique lui viendra surtout du succès du célèbre roman L’attrape-cœur, œuvre majeure encore étudiée dans les écoles outre-atlantique, qui raconte les vécus et réflexion d’un jeune homme new-yorkais, Holden Caulfield, en crise de communication avec le monde et les gens qui l’entourent. Un livre sur le thème de l’adolescence et des perturbations inhérentes au passage à la vie adulte, sujet cher à notre Nicola national.

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Ce qui nous ramène en 1990, quand dans l’album Le Baiser le leader d’Indo consacre une des chansons à cet auteur, au point même d’y poser son nom dans le titre. Il confessera avoir attendu dix ans pour lui dédier une chanson tant ses écrits ont marqué sa vie d’adolescent. Les paroles décrivent explicitement un écrivain difficile d’accès, reclus à la suite de la violation de son intimité. Effectivement Salinger est devenu très fermé sur lui-même après avoir été longtemps ouvert aux relations sociales, lorsqu’un jour dans le milieu estudiantin un entretien qu’il avait donné a été publié sans son accord dans le journal du lycée. Se sentant trahi, il ne se montrera plus que rarement et refusera toute publication de biographie ni même le moindre détail sur sa vie personnelle, nourrissant au passage quelques fantasmes de personnes malintentionnées. Après la tournée de 7000 Danses Nicola lui-même multipliera les ruses pour tenter d’approcher l’auteur (en se faisant par exemple passer pour un étudiant désireux d’adapter une de ses nouvelles). Devant ses échecs répétés, il abandonne et se contentera de confier son désir inassouvi sur les mesures de Dominique : « Me serait-il possible de pouvoir lui parler, le rencontrer ? ».

Malgré le sujet quelque peu austère, la chanson Des Fleurs pour Salinger est très entraînante, c’est d’ailleurs le titre le plus rythmé de l’album. C’est alors le début de la techno, et la chanson sort logiquement en second single qui trouvera un certain succès auprès des grosses radios, séduits par la séquence au début de la chanson. La version du single mettra d’ailleurs cet aspect en valeur, affranchie des cordes entendues dans le pré-refrain et des égarements singuliers de Nicola sur le pont instrumental exclusifs à l’album. Quant au clip, il est un peu déroutant, et plutôt avant-gardiste. Réalisé par Jean Achache, la scène prend place dans une fête bourgeoise (ambiance villa, piscine et champagne au rendez-vous) où le trio entonne la chanson tout autour de filles à perruques qui dansent dans une ivresse charnelle. C’est déroutant quand on le replace dans son époque, parce qu’aujourd’hui ce sont des images visibles partout sur les chaînes de clip, ensorcelées par la mode du bling-bling.

Bien que Des Fleurs pour Salinger ne soit pas à proprement parler un tube, il est resté un certain succès auprès du public et est devenu un incontournable de presque tous les concerts du groupe au même titre que Canary Bay. D’ailleurs à l’instar de celle-ci Salinger s’incruste dans presque tous les medleys mis au point depuis le Dancetaria Tour, et sur les tournées précédentes la chanson était systématiquement introduite et/ou terminée par un instrumental fort énergique, y compris lors de ses premiers pas sur scène pendant le Birthday Tour.

La période charnière de début 90 imprime Salinger sur de nombreux supports. Outre le traditionnel 45 tours qui contient la version single et La Colline des Roses, sont disponibles le Maxi vinyle ainsi qu’un Maxi CD avec remix du morceau et version instrumentale, laissant au passage constater le travail qu’a investi Dom dans cette chanson. Comme pour Le Baiser, Salinger est décliné en K7 single avec un contenu similaire au 45 tours. Les deux vinyles (45 et M45) existent aussi en version promo, avec une enveloppe noire dessinant l’étoile du Baiser. Enfin, soulignons l’existence d’un single promo sorti en 1994 qui servait à l’époque à soutenir la promotion de l’album live Radio Indochine.

La photo de Salinger apparaissant sur les pochettes des vinyles (et sur le CD-même en ce qui concerne la version Maxi CD) est l’une des rares que l’on connaît de l’écrivain.

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45 tours et Maxi CD