Battre le métal

C’est l’ultime défi du Meteor Tour : investir le Stade de France pour une date historique ! L’apothéose d’une vie pour un artiste comme Nicola Sirkis, et rien n’est acquis d’avance quand il s’agit de remplir une enceinte avec 80’000 âmes, même ralliées à sa cause. Il fallait non seulement le tenter, mais aussi le réussir, ce qui a impliqué une préparation particulière entamée dès 2008 avec moult négociations et vérifications techniques ; rien qu’avec la location d’un grand panneau publicitaire aux abords du périphérique parisien pour suggérer la date encore secrète. Le Stade de France devient alors la surprise de taille lorsque le groupe annonce l’album au cours d’une conférence de presse au collège des Bernardins, le 7 novembre 2008. La mise en vente des places a lieu au même moment que pour les autres dates, et ça marche : 35’000 tickets écoulés le premier jour, et le reste y passe un an avant le jour J ! Trente-neuf semi-remorques pour transporter la scène plus tard, l’agitation règne à St-Denis, avec un parfum de bruit et de métal sous la chaleur symbolique des 30°c, raccord avec les 30 ans d’Indochine qui s’apprête à soulever la foule ce grand soir du 26 juin 2010.

Putain de Stade est un concert d’anthologie, à la hauteur des moyens déployés dont le public a une idée concrète en constatant le gigantisme de la scène et celui des cinq écrans encore enveloppés dans des rideaux. Les sons de signal radio venant d’un autre âge annoncent le début du show sur le coup de 21 heures, où il fait encore jour, et le public découvre une nouvelle intro, différente de celle présentée dans les zéniths. L’écran du milieu est frappé sans interruption par un poing fermement décidé à le briser, puis l’écran tout à gauche se réveille à son tour sur la boîte à musique de Dancetaria ! Quelques mesures plus tard, c’est au tour de celui de droite de révéler un bon vieux souvenir : la croix Paradize, qui coule d’un sang gris sous les notes de Vénus. Les musiques s’accumulent encore et encore, toujours calées sur un rythme bien établi que la petite fille au tambour vient intensifier. Enfin, l’ère Meteor s’amorce avec les bruits de sirènes qui envahissent le ciel et le dernier écran où le cheval sinistre vient pourfendre l’épaisse fumée de la guerre. C’est Meteor Ouverture, signé par le maître Oli, qui est venu frapper à grands coups le Stade de fer et d’acier avant que la bulle n’explose sous le rock ravageur de Go Rimbaud, Go, qui amène enfin le maître de cérémonie sur scène.

Après cette ouverture haletante, les titres se bousculent et se testent un à un dans le tout nouvel écrin qui leur est offert. Car même si Bercy a prouvé la puissance de certaines chansons, Marilyn en tête, un Stade plein à craquer leur donne un nouveau challenge à relever. Et ça fonctionne ! Tour à tour, Indochine met son répertoire à contribution en enchaînant des titres furieux qui ont fait la gloire du Meteor Tour : Little Dolls, Play Boy, Punker, Drugstar, Miss Paramount… Aucun titre n’échoue au test, pas même les titres plus calmes comme Le Lac et J‘ai Demandé à la Lune. Emotion palpable, surtout quand arrive le passage des piano-voix et même le saxophone de Dimitri qui est invité à jouer sur Tes Yeux Noirs aux côtés de Lou et Nicola. Presque l’ancien Indochine, quatre minutes durant, pour l’allégresse des premiers fans touchés par l’intention sincère de reconstituer brièvement le groupe d’origine. Stéphane semble presque présent lui aussi quand son frère est étranglé par l’émotion sur Atomic Sky.

Le groupe reprend de service pour de nouveaux hits mouvementés chacun tiré des trois derniers albums : le duo virtuel Un Ange à ma Table, le culte nouvellement acquis Alice & June et enfin Popstitute, titre de Paradize introduit par les exploits de l’Empereur Guillaume contés par Théa. Débarque alors le fatidique et électrisant Club Meteor, medley long de treize minutes où se côtoient dans un bain bouillonant la version revisitée de You Spin Me Round, les classiques du groupe (Canary Bay, Les Tzars, Des Fleurs pour Salinger), des hits plus modernes (Adora et Mao Boy) et en milieu de trajectoire un navrant discours homophobe humiliant de lui-même le député qui l’a prononcé jadis devant un parterre parlementaire.

La nuit tombe et Le Baiser lève les lumières sur le Stade, qui se mettent à tourner à toute vitesse quand arrive un tonitruant 3 Nuits par Semaine ! La fin arrive mais Indochine ne peut partir sans jouer quelques hits de ses premières années, sous la forme d’un set acoustique copieux que le groupe joue sur une petite estrade au milieu de la pelouse. Monte Cristo et Kao Bang sont parmi les plus remarquables, dans cette forme organique inspirée par les Nuits Intimes d’il y a dix ans. Après un She Night choisi par le public lui-même sur le site Internet quelques jours avant le concert, le set s’achève sur un vibrant Electrastar chanté à l’unisson.

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De retour sur la grande scène, en pleine nuit, La Lettre de Métal impose un silence de tombeau, que la force du souvenir brise sous les coups de percussions et les notes religieuses de Matu, et qu’un champ de croix fait mourir quand le fils trouve la tombe de son père mort au combat. Un no man’s land s’élève alors sur les écrans, et un silence de plomb prépare le champ pour l’explosion finale : L’Aventurier ravage tout sur son passage, et il est terriblement puissant quand 80’000 fans libèrent tout le reste de leur énergie ! C’est le raz-de-marée attendu, où une énergie folle se dégage à tous les niveaux dans ce prodigieux déluge ! Avant de tirer sa révérence, Indochine gratifie le public du Dernier Jour, fin logique au nom de la célébration pour un groupe bel et bien arrivé à son apogée. En un passage de Meteor le concert s’éteint et, sous les feux des projecteurs illuminant encore le Stade, le « putain de public » déserte progressivement l’enceinte, accompagné par la chanson Parlez-moi d’amour que Lucienne Boyer chante en guise d’au revoir ; authentique son de gramophone faisant planer la poussière d’une époque révolue mais pas oubliée.

Un tel concert se doit évidemment d’être immortalisé. Putain de Stade le fait bien avec un bel emballage digipack pour les éditions limitées du CD et DVD. Pour la première fois, un blu-ray restitue la vidéo dans une Haute Définition parfaite. Le tout sort le 17 janvier 2011 et les « complétistes » peuvent se procurer une box métal contenant l’intégrale CD/DVD.