Accrochons-nous à nos rêves

Le quatrième single devant succéder à Station 13 est révélé à la rentrée 2018, seulement deux mois après le début de l’exploitation du single précédent. L’intervalle peut sembler court mais peut-être était-ce le bon moment, en cette période de l’année où le travail et les espoirs d’avenir prennent le plus de sens. Et l’espoir, Song for a Dream en déborde, portant en lui l’aspiration à une vie meilleure et le besoin de reconnaissance.

A l’annonce de l’album, en été 2017, le nom de Renaud Rebillaud crédité à la composition de Song for a Dream avait de quoi inquiéter ! En effet, ce compositeur de l’ombre est à l’origine des tubes d’une poignée d’artistes diamétralement opposés à Indochine, que ce soit le style de musique, les influences et les valeurs véhiculées. Pour certains d’entre eux, en tout cas. Mais Nicola a l’oreille fine et, quand sa fille écoute les chansons d’un des rappeurs susmentionnés, il se dit que la tonalité pop situé dans l’écriture n’est pas sans potentiel. Le contact s’établit rapidement avec cet ancien membre d’un groupe punk parisien (Renaud Rebillaud, pas le rappeur) et dans une entente immédiate, Nicola confie une mélodie écrite un matin à Singapour que le faiseur de tubes s’occupe d’améliorer et de compléter. Point d’Oli dans la composition donc, un fait rare, mais celui-ci emballe la mélodie dans une instru pop/rock tout aussi réussie que la mélodie et, en sortie de studio, Song for a Dream s’avère être un morceau bien léché. Si la structure est finalement assez classique, la production met l’ensemble de la recette bien à profit ! Un piano en boucle dont on ne se lasse pas, un rythme à quatre temps bien indochinois, un pré-refrain qui fait surgir les guitares et un refrain franchement entraînant… la chanson idéale, en somme. Il suffit d’écouter la version instrumentale pour s’en convaincre, ou mieux encore, la version live.

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Sans transition nous voici aux paroles, qui ne savent plus à quel temps se conjuguer et l’on se demande si la confusion n’est pas volontaire. Les « J’aimerai(s) » chantés par Nicola à la manière d’une anaphore sont écrits au futur simple dans le livret de l’album et au conditionnel présent selon d’autres sources officielles. Que le dédoublement soit conscient ou non, il traduit d’emblée une ambiguïté de la pensée en s’aidant de l’homophonie inhérente à ces deux temps de la conjugaison française. En effet, conjugué à la première personne du singulier, le verbe « aimer » se prononce de la même manière au conditionnel et au futur, et traduit l’aspiration selon l’un et la certitude selon l’autre, mais quel que soit le temps employé, il est vu comme un acte de profonde volonté. Plutôt bien vu, ce double sens qui n’en fait bien qu’un, mais ce qui a retenu l’attention dans les paroles de Song for a Dream, c’est ce bien plus visible « Tombera les croix », qui a fait grincer des dents ! Alors, qu’en est-il exactement ? Elision volontaire du sujet ou déviation des temps ? Peu importe la raison, Nicola s’est pris la liberté de la licence poétique pour honorer ses chères rimes en « a ». La méthode est grossière, mais comme toujours avec Indochine c’est le résultat qui compte, et les émotions transmises sur scène font bien fi de ces entorses à la langue française. Il faut dire que l’image est forte, avec la chute du diable et des emblèmes religieux comme du temps de Paradize. Ce discours se répète encore et toujours, mais avec de nouvelles envies que Nicola évoque avec une juste tonalité dans les couplets. « Revenir en arrière où rien n’était important », pour ne citer que ce passage, et c’est là un idéal que l’on cherche et que l’on n’atteindra peut-être jamais. L’espérer, c’est peut-être bien ce qui compte, puisque la vie se déroule aussi à travers nos rêves.

Le clip est mis en ligne le 13 septembre 2018, un projet vidéo parmi tous ceux qui auront mis l’album 13 en images au cours de l’année. Après l’Afrique du Sud pour Station 13, ce nouveau clip s’envole pour le Chili et ses steppes abondantes. Réalisée par Cristián Jiménez, cette vidéo épouse les propos de la chanson sans fioritures ni évidences, et cherche plutôt à raconter une histoire. Le récit, c’est celui d’une fille enceinte d’un garçon balafré (Giannina Fruttero et Nicolás Durán) que le sort a mis sur la route après des événements que l’on devine difficiles. Chassés du foyer, ou fuyant volontairement la violence, le couple n’emporte que le peu qu’ils ont sur eux et un véhicule qui lui-même abandonne ses naufragés au milieu de la route. Livrés à eux-mêmes sur les terres sauvages de l’Amérique du Sud, les deux vagabonds arpentent la terre à la recherche d’une main salvatrice, ou simplement d’un peu de confort qui puisse assurer leur survie. Le but de tout à chacun sur la Terre, mais les conditions plus primitives auxquelles sont ramenés ces deux jeunes donnent à cette recherche humaine son sens le plus évident. Ces images renvoient à la misère encore désespérément présente de par le monde, et la détresse humaine mise à une échelle qui parlera au spectateur et qui lui offrira peut-être même un regard nouveau, différent de ce qui montré de nos jours dans les médias. Le clip se termine sur le couple baignant dans un lac, nu, comme pour revenir à l’essentiel : ils ne sont pas seuls, ils portent en eux l’espoir, et s’ils vivent d’amour et d’eau fraîche, ils vivent quand même. Même démunis et au cœur de la vie sauvage, le bonheur existe lorsqu’il est partagé. Et avec ce regard qu’ils se portent mutuellement, ils voient dans les yeux de l’autre la promesse des jours meilleurs.

Annoncés deux mois après le single, les supports physiques rejoignent ceux d’Un Eté Français et Station 13 et se font une petite place dans les chaumières le 7 décembre 2018. Celui comprend la version album, la radio, l’instrumentale ainsi qu’une version acoustique inédite. Ce dernier est un piano/voix chargé en émotion, d’une allure presque angélique, comme sortant tout droit du paradis. Contrairement à Station 13, Song for a Dream est aussi décliné en single promo, qui ne contient que le radio edit.

Supports
Maxi 45 tours, K7 single et Maxi CD