19 février 2018 – Compte rendu des trois concerts de Bercy

Façade AHA Bercy

Le week-end du 16/17/18 février est terminé et avec lui, une série ininterrompue de trois concerts à l’AccorHôtels Arena de Bercy. Voilà huit ans qu’Indochine n’avait pas investi cette salle, le Black City Tour ayant survolé la programmation dans l’Arena (de toute façon en travaux) dans la période 2013/2014, et c’était donc un retour en grandes pompes qui était attendu pour le début du 13 Tour. Qu’est-ce qui change donc dans ces trois dates par rapport à Epernay du week-end dernier (et d’une majeure partie des autres concerts de la tournée) ? La dimension bien sûr, puisque l’Arena de Bercy en impose par la taille de son enceinte !

Et un constat s’impose dès l’entrée dans la salle : la soucoupe volante, qui avait déjà fait forte impression au Millesium, gagne ici une bande concentrique supplémentaire, agrandissant la surface de projection vidéo du simple au double et s’étendant de part et d’autres du plafond de Bercy ! Une telle surface (1700 m²) transcende l’échelle humaine et l’on comprend que le groupe met autant en avant ces rendez-vous à Bercy, car rien que l’intro sur Black Sky offre un voyage encore plus réaliste, plus vertigineux, plus inoubliable pour tous les spectateurs qui se sont crus décoller pour l’espace ! Et que dire de l’introduction de L’Aventurier, où l’on s’imagine percuter un des astéroïdes qui glissent gracieusement de tous bords de l’écran ? Chose marquante pendant ces séquences : le silence de plomb du public, subjugué par ce qui s’affiche au-dessus d’eux. Aucune commune mesure pour cette démonstration visuelle (et par extension artistique) comme jamais un concert n’en avait encore offert dans cette salle, du moins en terme de dimension. Un grand bravo est à adresser aux équipes en charge de cet exploit, car si le concept est relativement simple (on apprécie d’ailleurs l’absence de fioriture malgré l’ambition du projet), la mise en place a dû être très délicate. Au point tel que le dispositif n’est suffisamment pas en hauteur pour permettre aux spectateurs du haut des balcons d’assister au spectacle, voyez plutôt… un bémol blessant qui n’a probablement pas été anticipé lors du montage de la scène. Pour les autres, le prix 40€/45€ est terriblement raisonnable devant un spectacle aussi généreux…

L’ambiance n’en a pas souffert pour autant et le public dans son ensemble a affiché son enthousiasme des premières aux dernières secondes, un mieux depuis Epernay (dont la timidité peut être imputable au fait de la découverte). Des titres bétonnés comme Station 13 aussi fantastique en live que l’on pouvait s’y attendre!-, Song for a Dream et Un Eté Français contribuent bien sûr à ce succès, mais je pense également à TomBoy, qui n’est pas sans rappeler les marches des fiertés avec son ambiance festive (les couleurs rainbow balaient la salle), son militantisme et ses rayons d’espoir pour un avenir plus tolérant.

Les concerts sont sensiblement les mêmes que celui de la première date, en dehors de Miss Paramount qui troque sa place contre Alice & June, plus rock et actuel. Cartagène peine à se glisser en fin de concert et Indo privilégie un Karma Girls plus tendre et romantique. La setlist, toujours sans risque, n’a d’ailleurs pas bougé d’un iota entre vendredi et samedi ! Immobilisme nouveau chez Indochine qui se laisse de plus en plus maîtriser par son « monstre scénique » millimétré plutôt que l’inverse… Gageons pour que la suite du 13 Tour rende un peu à Indo sa souplesse que nous lui connaissions jusqu’alors, peut-être quand le groupe aura récupéré de cet enchaînement de trois concerts visiblement éprouvants pour eux.

En dehors de ces impairs, le spectacle est presque sans fausse note et l’on retrouve les sensations déjà vécues à Epernay, le seul changement étant la dimension décuplée de la scène et de sa déjà illustre soucoupe volante, offrant à travers son prisme intergalactique l’un des plus beaux voyages qu’Indochine ait amais offert à son public.

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11 février 2018 – Compte rendu du premier concert du 13 Tour

Hier soir au Millesium d’Epernay s’est tenue la grande première du 13 Tour, une date de rodage délivrant enfin ses surprises avant d’entamer une trilogie symbolique sur la scène de Bercy le week-end prochain. 2h30 de nouveau show pour célébrer des retrouvailles méritées après des mois, voire des années d’attente. Et une surprise de taille qui défraye la chronique : Nicola s’est teint les cheveux en blond platine ! Petite révolution capillaire pour le chanteur de 58 ans qui fait trembler les habitudes. Qu’on aime ou pas ce nouveau look, l’éternelle identité du chanteur opère un changement rafraîchissant dont l’effet n’est pas sans rappeler celui de son « héros » David Bowie et ses traits juvéniles. Cela explique d’ailleurs le bonnet porté par Nicola ces dernières semaines ! Mais revenons au sujet.

Après des heures d’attente dans les paysages enneigés aux portes de la Millesium, le public a pu retrouver sous les coups de 18h30 la chaleur des salles de concert et s’affranchir d’un froid ambiant évidemment dû à la saison, bien que le soleil généreux a relevé fébrilement le mercure au zénith du midi. L’atmosphère est partagée entre l’impatience et la curiosité devant un plafond présentant une toile circulaire… l’héritier du « serpent » ? Probablement ! La salle se remplissant, Requin Chagrin délivre une première partie agréable, avec un titre qui n’est pas inconnu des indofans puisqu’il avait été joué au concert d’Alcaline au Trianon en octobre dernier. Le set de près de 25 minutes se laisse apprécier et l’attente reprend pour un ultime quart d’heure avant que les lumières ne s’éteignent…

N’y allons pas par quatre chemins : l’intro sur Black Sky est stupéfiante ! Certes un peu prévisible, mais cette traversée poétique à travers les planètes de notre galaxie fait immédiatement sensation, surtout quand elle se fait depuis le plafond ! Le toit du Millesium semble s’être ouvert pour emmener tout le public jusqu’au soleil, brûlant, bouillonnant et rayonnant dans la salle à travers une multitude de spots lumineux. La chanson démarre, rugissante, avec les variations qu’on lui connaît. Car oui le groupe s’est installé pendant que tous les yeux étaient rivés vers le ciel noir ! La surprise des cheveux de Nicola passée, les titres de 13 s’enchaînent avec un 2033 festif (les confettis sont de retour!), un Henry Darger donnant la part belle aux treize filles aux visages riches d’expression et bien sûr Station 13, coloré et intensif. Après les remuants Adora et Miss Paramount, c’est le très radiodiffusé La Vie est Belle qui ramène 13 sur scène, suivi de Tes Yeux Noirs où Nicola s’offre un bain de foule. S’ensuivent les nouvelles chansons qui tirent profit de la superbe scénographie, surtout Gloria où le duo virtuel conjugue le vertige à l’élégance…

Le groupe poursuit l’interprétation de ses nouveaux titres, certains plus probants que d’autres, et si Kimono dans l’Ambulance offre quelques images intéressantes et un scénario conté dans les paroles, le titre plombe inévitablement l’ambiance. A l’inverse, Song for a Dream et Un Eté Français marquent par la solidité de leur refrain. TomBoy fait enfin ses premiers pas sur scène et l’on se réjouit d’un nouveau duo virtuel avec Kiddy Smile sur l’écran de fond, le tout inondé de confettis et de lasers tournoyants aux couleurs de l’arc-en-ciel LGBT. Surprise de la soirée, Indo profite de l’imagerie des drapeaux de 13 pour les aligner sur « l’horizon »…: eh oui, c’est le retour d’A L’Assaut, tel qu’il était joué au zénith de Paris en 1986 !

Point noir du show, le medley répondant au nom du Club 13 s’avère être une déception. Ce qui est habituellement un moment phare du concert, travaillé et renouvelé à chaque tournée est ici un vague pot-pourri qui peine à décoller. Concrètement, la technique emprunte grandement au Black City Club sans hériter pour autant de sa ferveur (point d’échanges enflammés sur Trashmen ou moment fort équivalent). L’enchaînement patine sur des morceaux qui n’ont que trop prouvé leur confort dans cet exercice (Canary Bay, Kill Nico, Paradize, Les Tzars), sans aucune nouveauté remarquable. Le groupe semble avoir moins pris le temps de travailler sur ce « nouveau » medley, et sans une revue en profondeur (ou à défaut quelques changements pertinents), ce Club 13 ne devrait que peut marquer la nouvelle tournée. Le set acoustique fonctionne aussi sur des valeurs sûres : Electrastar (Nicola solo) et J’ai Demandé à la Lune (avec Oli et Boris) qui a bien cédé sa place au profit de La Vie est Belle. Une intro inédite de College Boy envoûte la foule avant le retour de la formation électrique pour finir le morceau.

Sans surprise le concert se termine sur l’inflexible duo 3 Nuits par Semaine / L’Aventurier. Version longue habituelle pour 3 Nuits (mais Nicola en profite pour présenter tous les membres du groupe!) tandis que L’Aventurier profite d’une nouvelle intro s’offrant les services du plafond ! Démarrant plus bas que terre, des mains nagent désespérément vers une surface lointaine qui finit par s’ouvrir et l’ascension se poursuit dans le ciel puis jusque dans le cœur d’une étoile couronnée d’astéroïdes ! Magnifique ! Bob Morane soulève pour la treizième fois les foules avant que le show se termine sur Karma Girls, fin raccordée avec ce voyage dément dans l’univers sidéral, non départi dans ce final d’une pointe de spiritualité mêlée de tendresses indochinoises. 23h20, le concert est fini, laissant un potentiel Cartagène dans les tuyaux.

En somme, nous avons affaire à un show certes encore en rodage, mais son concept « monstrueux » ne devrait pas avoir de difficultés à séduire le public partout où il passe ! Demeure une setlist qui, en dépit d’une honorable exposition de 13, manque un peu de diversité et de prises de risque, le temps d’au moins une ou deux chansons. Le rock d’Indochine s’éclipse toujours un peu plus (absence remarquée d’Alice & June et de Marilyn) mais c’est vraisemblablement un choix du groupe de freiner cet aspect de ses anciens live, tandis que son medley électro mérite un bien meilleur travail que le peu d’investissement qui semble lui avoir été accordé.

Pour finir, la zone 13 se présente comme un demi-cercle coupé en son milieu par la longue avancée, bordant la scène principale côté Oli et Boris. Un milieu donc privilégié mais rassurez-vous, la formidable mise en scène s’étend bien aux yeux de toute la salle ! Vivement Bercy dans quelques jours pour admirer le spectacle en encore plus grand (la taille d’écran sera doublée)! Le 13 Tour ne fait que commencer et bien que perfectible en certains endroits, il lui en faut finalement peu pour atteindre le firmament !

Setlist 13 Tour à Epernay (10 février 2018)