Eclaircies attendues

Drôle d’époque pour Indochine. Le peu de soutien des médias ampute les ventes de disques du groupe et, dans ce contexte délicat, Dominik Nicolas met les voiles. Indochine peut-il survivre sans son compositeur historique ? Les frères Sirkis n’ont pas la réponse exacte mais en apportent une qui leur ressemble : ils continueront, contre vents et marées. Le recrutement d’un nouveau musicien est la solution trouvée pour rétablir un tandem créatif et tandis qu’un nouvel album se prépare, la compilation Unita sort début 96 et gâte ses preneurs avec un inédit de poids : Kissing My Song !

Embrasse ma chanson, dit-il, comme un appel destiné à ceux qui conspuent Indochine depuis toutes ces années. Une chanson pour conjurer le sort, tandis que les Sirkis attendant la fin des pluies. Le texte est par contre plus proche d’un Trois Nuits par Semaine, où ça parle de relation sexuelle (il faut dire que le titre devait initialement être Kissing My Sex) sans jamais la nommer, pour garder une élégance et une beauté qui vont de pair avec la musique romantique et langoureuse. Indo franchit le pas d’un rock de plus en plus affirmé tout en laissant une place de choix au synthétiseur, qui fait l’habillage mélodique de la chanson, si bien que l’on se demande comment Wax va ordonner cette nouvelle direction musicale. Ce piano est d’ailleurs piloté par Jean-Pierre Pilot, recrue de la tournée achevée un an et demi plus tôt, qui apporte sa touche mélodique bienvenue après le départ de Dominik avec un jeu fluide, étincelant et lumineux qui caractérisera l’album à venir. En attendant celui-ci, les fans se réjouissent de cette nouveauté émergeant du brouillard, assurant la volonté d’Indo de poursuivre l’aventure avec un acte II plein de promesses. Tant d’incertitudes et de déconvenues pour un groupe que l’on pensait exsangue, et même si les années noires ne sont pas terminées, une étincelle jaillit dans le ciel nuageux d’Indochine et annonce qu’un jour viendra bien le début des éclaircies.

Les frères Sirkis et leurs musiciens les accompagnant à cette période bénéficieront tout de même d’un peu d’exposition médiatique, comme au mythique Hit Machine de M6. Mais comme La Guerre est Finie (1991) et Nos Célébrations (2020), autres inédits de best of sortis respectivement avant et après lui, Kissing My Song jouira surtout d’un beau clip pour promouvoir ne serait-ce qu’un peu Unita, et celui-ci en reprend fidèlement les couleurs avec une image grise lumineuse parcourue d’ombres et de silhouettes floues. La vidéo joue en effet la carte de l’esthétisme plutôt que celui du scénario (il n’y en a pas), avec Stef et Alexandre Azaria accompagnés d’une fille à la batterie, ce qui est rare pour être souligné, tandis que Nicola partage son temps de présence avec des danseuses semblables à des ombres envoûtées. Le clip comme la chanson gagnent une intensité forte sur le dernier refrain, où les guitares, le gimmick synthétique et la puissante mélodie-voix s’unissent à tue-tête. C’est la naissance d’un nouvel hymne, certes moins grand public au vu du contexte, mais que les fans s’égosilleront à chanter quand vient le temps du Wax Tour. Et justement, « Je crois qu’on va parler un peu de sexe » scande Nicola avant ce morceau incontournable des setlists de Wax et de Dancetaria Tour avant de s’éclipser pour douze ans. Contre toute-attente, Paradize +10 remettra dans ses deux concerts ce titre mis à jour avant de perdurer au sein du Black City Tour puis au cœur du medley des six concerts du Central Tour en 2022, criant l’amour et la jeunesse éternelle comme autant de moteurs qui nous transportent.

Les trois supports du single sont rares mais le CD 2 titres reste un objet assez facile à trouver. Le deuxième titre, justement, est la version dite acoustique de Kissing My Song, même s’il s’agit plus exactement d’un piano-voix, très beau soit dit en passant. Le promo se trouve dans un boîtier plastique recouvert d’un carton faisant office de plaque promotionnelle écrivant noir sur blanc le début de l’acte II d’Indochine. On trouve sur ce Maxi CD promo une version amputée des huit mesures vides après le premier refrain, version tout à fait unique mais difficile à apprécier car ce cut supprime un des meilleurs passages musicaux du titre. Rien de grave cependant, surtout vu la rareté de cette version.

Il existe aussi un Maxi CD uniquement sorti au Canada, exclusivité ironique puisqu’Unita n’est pas sorti au là-bas, ce qui oblige l’éditeur à barrer la mention « Extrait de Unita, le best of d’Indochine disponible en CD, K7 et VHS » à l’aide d’une épaisse bande noire. En revanche, c’est l’occasion pour nos amis outre-Atlantique de découvrir la chanson Petit Jésus incluse dans le Maxi CD, inédit déjà disponible dans le single d’Un Jour dans notre Vie sorti deux ans plus tôt en France.