Sans raison

Après une certaine hésitation quant à traiter de cette compilation ou non, j’ai finalement décidé d’y consacrer une page. Aborder son existence est motivé par la seule raison de son apport à l’histoire d’Indochine et de ses remous discographiques, car c’est bien là son seul intérêt. Vous n’êtes pas sans savoir que ce disque est sorti dans le commerce sans l’autorisation du groupe et au delà de son appartenance contestable à la discographie officielle, ce best of est un concentré d’absurdités ! Retour sur un chapitre qui tient presque davantage du conflit légal que du parcours historique de l’un des plus grands groupes de rock français…

Nous sommes en 1996, Wax sort en pleine période boys band et blasée par l’échec commercial de l’album, la maison de disques BMG France jette définitivement le groupe au profit de ses nouveaux poulains que sont les G-Squad (membre de la grande et éphémère famille des boys ban). Orphelin mais pas mort, Indo fait la promo de Wax sur scène et Nicola signe exceptionnellement avec TF1 pour la sortie d’Indo Live, en 1997. Initiative vite avérée payante puisque l’aide du géant de la télévision permettra de vendre pas moins de 300’000 exemplaires du live et ainsi faire redécouvrir au grand public Indo et ses nouvelles chansons. Pour Dancetaria en 1999, Nicola signe cette fois avec un label indépendant bruxellois, Double T Music, et l’album rencontrera un certain succès, du moins se vendra mieux que Wax et Un Jour dans notre Vie. 120’000 exemplaires sont ainsi distribués et à l’aube de l’an 2000, le Dancetaria Tour remplira bien plus de salles que les précédentes tournées d’une décennie bientôt révolue. Voyant qu’Indo vend encore des disques, BMG sort sans concertation aucune avec le groupe le best of Génération Indochine, le 3 avril 2000. Indo ne se démonte pas et d’un commun accord entre les trois membres fondateurs et les héritiers de Stéphane, ceux-ci entreprennent la démarche d’assigner en référé la maison de disques devant le tribunal des prud’hommes afin d’obtenir l’interdiction de commercialiser le disque. Démarche qui aboutira au terme de quatre ans de procédures mais le mal est fait, le disque s’est tout de même écoulé à 200’000 exemplaires. Une fois n’est pas coutume c’est un score dont on se serait bien passé ! A noter que BMG remettra le couvert avec la sortie du Birthday Album 1981-1996 quatre ans plus tard, cette fois en accord avec le groupe jusqu’à ce qu’ils découvrent que des pistes non-utilisées dans les maquettes des années 80 ont été introduites dans le mixage de certains titres (Les Tzars vaut le coup d’oreille, à ce propos). En juste retour des choses, Indo improvise des T-Shirt BMG « Baise Mon Groupe » mis en vente sur le merchandising officiel du Dancetaria Tour. C’est de bonne guerre !

Génération Indochine est un best of de mauvais goût. A commencer par son nom, facile et passe-partout et qui pourtant ne s’applique pas à un groupe intergénérationnel comme Indo. En effet, si Indo fonctionne sur plusieurs générations pourquoi mettre le mot Génération au singulier ? Cela peut relever du détail, mais suffit à démontrer la maladresse de l’initiative qui de surcroît ne s’arrête pas là… Quid de cette pochette, qui affiche des éléments n’ayant pour certains aucun rapport avec le groupe ? « Mettre le mur de Berlin sur la pochette, c’est-à-dire traîner le groupe vers le passé avec un visuel qui, de plus, n’a rien à voir… Moi, je n’ai jamais écrit sur le Mur de Berlin… » dira Nicola à ce propos, bien que partiellement désapprouvé en 2020 avec le clip de Nos Célébrations. Autre écueil de BMG, le tracklist est ultra-classique et n’apporte rien de nouveau par rapport à la bien plus intéressante Unita sorti quatre ans plus tôt (si ce n’est Drugstar et Satellite). Unique ajout digne d’intérêt, Génération Indochine propose le titre Petit Jésus qui est pour le coup bien un inédit très rare, et donc exceptionnellement accessible à une large échelle de distribution (du moins jusqu’à son retrait des bacs)!

Génération Indochine a été vendu en CD et K7.